Le perpétuel mirage pétrolier du Tchad

de David Bayang, Service National Justice et Paix, Yaoundé/Cameroun

Acculés par la grande pauvreté de la population, fragilisés par des guerres successives, les pouvoirs qui se sont succédés dans la capitale tchadienne depuis l'indépendance ont ménagé l'espoir de jours meilleurs octroyés par l'avènement du pétrole. Les Tchadiens ont esperé et désespéré, au rythme de l'intensité des crises politiques qui secouaient l'Etat.

A la faveur d'un énième coup d'état, Idriss Déby Itno est arrivé à la tête de l'Etat tchadien avec pour ambition de révolutionner l'économie de son pays. Treize ans après, l'actuel Chef de l'Etat fait la déclaration lors de l'inauguration de l'oléoduc Tchad-Cameroun (en 2003): "Le développement de l'industrie du pétrole bénéficiera à l'ensemble de la nation tchadienne".

(...)

Vous pouvez lire tout l'article ici.

L’exploitation du pétrole au Tchad et la population de la région

Begoña Iñarra, Secrétaire Exécutive AEFJN (Réseau Afrique Europe Foi et Justice),

Le projet pétrole Tchad qui avait éveillé tant d’espoirs pour le développement du pays est devenu, après 8 ans d’exploitation, un cauchemar qui a transformé le paradis rêvé en enfer. L’exploitation du pétrole a détruit le système de production paysanne, privant les agriculteurs de leurs moyens de subsistance, polluant les eaux, les sols et l’air, divisant la population et semant le désespoir surtout chez les jeunes.

Ma visite à la région m’a permis de voir l’impact de l’exploitation du pétrole sur le terrain. Pour les agents pastoraux avec qui j’ai fait cette visite, comme pour moi, la réalité s’avérait bien pire que celle que nous avions imaginée.

De 2004 à 2011, le budget de l’Etat est passé de moins de 300 milliards de francs CFA à plus de 1572,482 milliards de francs CFA, mais les retombées de cette manne ne bénéficient pas à la population. Ni les conditions de vie des 11 millions de Tchadiens, ni les services publics ne se sont améliorés. Les promesses faites par les compagnies et par le gouvernement n’ont pas été tenues et la Banque Mondiale a quitté le pays en 2008.

Actuellement le gouvernement est en train d’établir des contrats obscurs avec d’autres compagnies extractives : Chinoise, Taïwanaise… On est en train de prospecter d’autres minerais (uranium, or). L’exploitation de l’uranium est encore bien plus dangereuse que celle du pétrole.

Le pétrole, un projet controversé

Le projet d’exploitation du pétrole du Tchad, financé par la Banque Mondiale, a été très controversé depuis sa planification et encore davantage lors de sa réalisation. Les opposants au projet prévoyaient que, le Tchad étant un des cinq pays les plus corrompus de la planète, la population ne bénéficierait pas des redevances du pétrole mais en subirait les retombées négatives. Ceux qui y étaient favorables croyaient aux promesses du gouvernement, de la compagnie d’exploitation et de la Banque Mondiale, qui affirmaient que le pétrole mettrait fin à la pauvreté du pays.

Pour obtenir de la Banque Mondiale (BM) le financement du projet, le gouvernement s'était engagé à affecter 70% des revenus pétroliers à la réduction de la pauvreté, dont 5% réservés au développement de la région sud. La Banque Mondiale prétendait faire du projet pétrole Tchad un modèle où les ressources naturelles aideraient à éradiquer la pauvreté et profiteraient à la population.

Après 8 ans d’exploitation, les résultats dépassent les pires prévisions. La pauvreté s’est exacerbée dans le pays, particulièrement dans la zone pétrolière. En 2011 le Tchad était le 7ème pays le plus pauvre du monde[1]. Le Logone Oriental où se trouve le bassin pétrolier de Doba, région majoritairement rurale très productive et très peuplée (38% de la population), est aujourd’hui la troisième région la plus pauvre du Tchad malgré les milliers de barils de pétrole exportés chaque jour. 64,7% de sa population vit dans la pauvreté avec un revenu moyen de 396 F CFA, soit 0,56 euro par personne et par jour. Les paysans du bassin de Doba sont les grands perdants du projet pétrole.

La production pétrolière

 

La production de pétrole dans le bassin de Doba (Sud du Tchad) a commencé en 2003. Le pétrole est transporté du bassin de Doba au port de Kibri (Cameroun) sur l’Atlantique par un oléoduc de 1.070 km (dont 205 km au Tchad).

Les trois principaux gisements de Doba-Komé, Miandoum et Bolobo, totalisant 900 milliers de barils, sont exploités dans plus de 1000 puits dont le nombre augmente encore (le contrat en prévoyait 300). Les réserves totales du pays [bassins de Moundouli, Nya (sud) et Sidigui et Bongor (Lac Tchad)] dépassent 2.000 millions de barils. ESSO Consortium -formé par ExxonMobil et Chevron des Etats Unis et Petronas de la Malaisie - est responsable de l’exploitation et de l’exportation du pétrole. La qualité et la quantité produites, base des redevances payées au pays, ne sont contrôlées que par ESSO. Le Tchad n’a pas la volonté ou les moyens de faire ces contrôles. Mais le pays pourrait se procurer des techniciens et des technologies à cet effet.

Esso s’abrite derrière la confidentialité des contrats pour alimenter un système de corruption qui empêche un vrai contrôle des bénéfices du pétrole. Le Tchad a signé sa candidature à l'Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives (ITIE) en 2010, mais il n’a pas encore présenté son rapport.

Les redevances du pétrole

Le pays a commencé à percevoir des revenus du pétrole en 2004. Vu le manque de transparence de la part de l’administration et du Consortium, il est difficile de connaître les montants perçus par le gouvernement. La table qui suit présente les estimations des revenus du Tchad et des compagnies pétrolières de 2004 à 2007[2] pour une production moyenne estimée de 120.000 barils par jour :

Sources de revenus 2004 – 2007

Tchad

(revenus en dollars)

Consortium

(revenus en dollars)

Redevances et dividendes

1.007.468.161

7.052.277.127

Impôt sur les revenus des sociétés

1.304.220.935

-1.304.220.935

TOTAL

2.311.689.096

5.748.054.192

Le manque de maîtrise des coûts opérationnels du projet et du contrôle de la quantité exportée réduit la part du Tchad qui ne reçoit que 28,69% des bénéfices pendant qu’ESSO en reçoit 71,31%. Entre 2004 et 2008, le Tchad, à cause de l’augmentation des prix du pétrole, obtint des revenus supérieurs à ceux prévus. Cela lui permit en 2008 de rembourser la dette à la Banque Mondiale (BM), poussant ainsi le retrait de la BM, sans que le pays respecte les exigences de l’accord. L’enquête de la BM de 2005 révéla que l'argent avait été gaspillé de façon abusive : matériel de mauvaise qualité, prix gonflés, des écoles et des hôpitaux non finis et surtout non équipés. Le collège de contrôle et de surveillance des ressources pétrolières est très affaibli et tourne au ralenti. Il n’est pas indépendant et son avis n’est pas souvent respecté.

L’impact du projet sur la population

1. L’impact sur la production agricole

La plupart des villages de la région de Doba avaient une bonne production agricole. Les familles avaient quelques bœufs, charrettes, vélos et un toit en tôle sur leurs maisons. Aujourd’hui la prospérité n’est qu’un souvenir et le désespoir grandit dans la région où la manne du pétrole s’est transformée en malédiction. Les plus de 4.000 familles affectées par le projet sont abandonnées à leur triste sort.

Le consortium d’exploitation ESSO a acquis plus de 60% des espaces cultivables de la zone pour ses multiples installations qui ont dépassé de beaucoup les prévisions. Les infrastructures pétrolières occupent des surfaces cultivables et réduisent l’espace vital de la population. Champs de cultures et infrastructures pétrolières s’entremêlent. Dans 25 villages il y a un total de 1.112 puits, 27 collecteurs, 6 unités de collecte et 34 carrières ! Des populations ont été déplacées ; la surface cultivable a diminué; les villages restent enclavés au milieu des installations pétrolières ; les sites sacrés ont été désacralisés. Savane, forêts, marécages et terrains en friche de plus d’un an sont pris sans dédommagement. Or, la population employait ces terrains pour des activités complémentaires à l’agriculture: champs de brousse, cueillette des champignons, fruits, miel, médicaments, bois, chasse, pêche, pâturages. Le système de production traditionnel a été détruit. Aucun accompagnement n’a été mis en place pour aider à la reconversion des populations qui ne peuvent plus vivre des produits de leurs terres.

Les paysans ne peuvent plus pratiquer librement la jachère, donc les terres agricoles s'épuisent et la production diminue. De plus, leurs mouvements dans leur propre terroir sont restreints (défense de sortir la nuit) à cause de la surveillance des installations pétrolières.

Malgré les nombreuses lignes à haute tension qui parcourent la région, les villages et les petites villes n’ont pas d’électricité et même les grandes villes sont souvent dans l’obscurité. Des camions citernes remplis d’eau circulent continuellement mais les villages n’ont pas d’eau potable.

Les populations des localités directement affectées sont exclues des retombées économiques et sociales de l’exploitation du pétrole. Elles sont passées de la pauvreté sans pétrole, à la misère avec le pétrole. D’où l’indignation et le désespoir qui règnent chez les populations des villages enclavés, surtout chez les jeunes qui ne voient pas d’issue pour leur avenir.

2. L’impact sur la vie

Le pétrole est un poison qui menace l’environnement naturel de la région et envenime la vie des communautés par ses impacts irréversibles qui affectent les eaux, les sols, la production, la santé, la faune et la flore. L’oléoduc passe à travers champs, tout près des villages et traverse plusieurs rivières qui sont des lieux de pêche. Leur lit asséché annuellement était utilisé traditionnellement pour les cultures maraîchères, le riz et le maïs. La forêt galerie qui longe ces cours d’eau est aussi menacée. Pire encore, ces cours d’eau se jettent dans la Pendé qui rejoint le Chari avant de se jeter dans le Lac Tchad, ce qui risque de propager les contaminations locales à une grande partie du pays.

La contamination est déjà bien présente. Les canaux de drainage des forages et des carrières contaminent les eaux de surface et la nappe phréatique dont l’eau est utilisée par la population. Des cours d’eau et des terrains ont déjà été contaminés par des déversements du brut et des ruptures de l’oléoduc. La compensation, si elle existe, ne couvre pas la perte. ESSO n’a pas de mécanismes pour détecter les déversements accidentels et emploie des villageois « marcheurs » pour détecter et signaler les fuites.

Les carrières - énormes fosses creusées pour obtenir de la terre et enterrer les déchets polluants – sont restituées aux paysans sans être décontaminées et restent infertiles. Des carrières non fermées accumulent des eaux de pluies. Ceci favorise les moustiques, augmente le paludisme et constitue un danger de noyade pour les animaux et les personnes. Plusieurs enfants et animaux y sont morts. Les plaintes déposées en justice sont restées sans suite à cause de la complicité des autorités avec ESSO.

L’air aussi est contaminé par les torchères qui brûlent le gaz de rejet, et la déchetterie qui occasionne des maladies dans le village voisin. Certaines plantes ne produisent pas de fruits. Les rendements agricoles ont diminué dans les zones proches des zones de combustion du gaz, même avec de bonnes pluies.

La pollution se répercute dans la santé des populations et des animaux. On a constaté un taux de mortalité infantile, d’avortements spontanés et de maladies bien supérieur au passé. Des enfants meurent à cause des anémies fulgurantes. Les courants de haute tension causent des problèmes de santé.

Le plan de gestion des déchets et de référence générale du projet n’est pas mis en œuvre. Les mécanismes de supervision et contrôle des aspects sociaux et environnementaux sont défaillants ou inexistants.

Le pétrole a permis de construire quelques infrastructures (écoles, hôpitaux, universités) dans le pays et d’améliorer le réseau routier. Mais plusieurs de ces infrastructures ne fonctionnent pas et d’autres sont une « vitrine » qui ne bénéficie pas à la plupart des Tchadiens.

3. Perversité du système de compensations

Les compensations sont non-transparentes, inadéquates et injustes et produisent des divisions dans les communautés. Puisque la terre appartient à l’Etat et que les villageois n’ont que le droit d’utilisation, ESSO ne compense que les champs cultivés ou en préparation et les récoltes perdues. Les indemnisations ne compensent absolument pas la perte de la terre « ressource » qui procure un moyen de subsistance. Elles permettent aux paysans qui ont perdu leurs terres de vivre tout au plus deux ou trois ans. Les fonds ne sont pas versés intégralement à la population affectée, mais profitent aux nombreux intermédiaires. L’exploitation du pétrole est source de conflits et de tensions entre les populations riveraines, les entreprises et le gouvernement.

Les 5% des revenus directs pétroliers de l’Etat étaient destinés à réduire les effets négatifs du projet sur les populations affectées dans la région productrice. Mais cet argent (€ 5,8 milliards) n’a pas bénéficié au Logone Oriental. Sur les 1027 villages que compte la région productrice, à peine 3% ont bénéficié des investissements issus des 5% des revenus pétroliers. Pendant que des villages affectés n’ont bénéficié d’aucune réalisation, d’autres villages « visibles » mais non affectés ont vu des réalisations démesurées, qui servent de vitrines pour les visiteurs.

A cause de l’existence des 5% pour la région productrice, l’Etat concentre ses investissements dans d’autres régions sans grande planification et parfois avec des problèmes de fonctionnement. La mauvaise gouvernance a engendré un gaspillage des fonds disponibles. Les infrastructures réalisées ne répondent pas aux besoins des populations pauvres et sont de mauvaise qualité. L’engagement d’affecter 70% des revenus pétroliers à la réduction de la pauvreté est resté une promesse non réalisée.

Devant cette situation peu reluisante pour la population de la zone pétrolière, plusieurs réseaux ont vu le jour et ont activement plaidé pour l’amélioration des conditions de vie de ces populations.

L’Eglise est en train de prendre conscience du problème et est décidée à accompagner les populations. Les évêques de la région pétrolière sont engagés dans des actions de plaidoyer auprès du gouvernement, de la compagnie et des Institutions internationales (EU, pays membres, organisations). La création du Cadre de Concertation et de Dialogue du Logone (CCDL) vient renforcer l’initiative des réseaux existants, et entend amorcer un dialogue franc et responsable avec Esso-Tchad, autour des problèmes de perte des terres, restauration des sols, compensations, libertés fondamentales et sécurité, dégradation de l’environnement, etc. qui affectent les populations de la zone pétrolière.


[1] Indice 2010 de Développement Humain des Nations Unies.

[2] Les enjeux géopolitiques et géostratégiques de l’exploitation du pétrole au Tchad - Gilbert Maoundonodji, 2009. Univ. Catholique Louvain, p.283

Tchad : le pétrole de toutes les malédictions

de Delphine Djiraibé, PILC, N'Djaména/Tchad

L’exploitation du pétrole en valait-il la peine ? En 2000 nous avions dit : « laissez le pétrole là ou il est, sous le sol, car là  ou il est, il ne fait du mal á personne… »  « …le Tchad n’est pas prêt,  pour l’exploitation du pétrole, les conditions de gouvernance ne sont pas réunies, l’argent du pétrole va exacerber les conflits. .. »
 
Après dix ans d’exploitation de l’or noir,  le Tchad, pays pétrolier reste parmi les pays les plus pauvres du monde. Depuis 10 ans le pétrole coule, l’argent coule, le sang et les larmes des tchadiens coulent sans cesse.
L’eau et l’électricité sont rares, le système éducatif et sanitaire ne répond pas aux besoins de la population. L’argent sert á faire la guerre, á entretenir les réseaux clientélistes pour permettre á un régime de se maintenir au pouvoir, á un clan de dominer sur les autres. 
 
La banque mondiale n’aurait jamais du rendre possible un tel projet. Au lieu d’être un model d’investissement le projet Tchad /Cameroun s’est avéré être un model d’asservissement.

Contribution de Delphine Djiraibé, Advocat au Tchad, Président de l’Association PILC, Mai 2013

Le calvaire des ruraux à l'ère pétrolière au TCHAD

de Ndomba Nodjidoumgoto Jeremie, LTDH, N'Djaména/Chad 

Le Tchad, un pays africain situé au centre de l'Afrique dispose d'une grande étendue (1 284 000 km2) et d'énormes potentialités agricoles. pastorales et halieutiques ainsi que des ressources minières importantes (pétrole, or, uranium, calcaire, etc).

Malgré ces richesses et potentialités, il est classé parmi les pays les plus pauvres du monde.

Dans un passé récent (2002), l'économie de ce pays reposait sur l'agriculture et l'élevage et les citoyens menaient une vie de paix et de dignité humaine où les us et coutumes sont respectés ; les clivages ethniques n'étaient pas aussi remarquables comme aujourd'hui où les conflits ethniques sont monnaies courantes.

Depuis 2003,  la page de l'histoire est tournée. Le pays est entré dans l'ère pétrolière avec l'exploitation du pétrole de Komé puis, celui de Djarmaya. Désormais, l'économie est bâtie sur le pétrole amenant ainsi le gouvernement à oublier les premières mamelles de l'économie (agriculture et élevage) avec des laissés pour compte « les producteurs ruraux » appelés à disparaitre ou à s'adapter au rythme des pétroliers.

Ces gouvernants ont toujours chanté la bonne gouvernance dans ce pays et les citoyens se demandent bien ce qui veut dire «  bonne gouvernance ». Il leur faut comprendre ce mot pour une bonne analyse des faits et actes posés par ces gouvernants.

Le dictionnaire Petit Larousse nous définit la Gouvernance  comme suit : action de gouverner ; manière de gérer, d'administrer. Un autre auteur l'a définit comme la manière dont les autorités/responsables en exercice gèrent les ressources économiques et sociales d'un pays, d'une communauté ou d'une institution en faveur de son développement, à travers un ensemble de principes que sont : le respect du droit et des droits humains ; la transparence et l'efficacité de la gestion des affaires ; la lutte contre la corruption ; la promotion de la démocratie et de développement participatif et durable.

Cette bonne gouvernance clamée par les autorités tchadiennes entre t-elle dans la logique de ces définitions ?

En 2010, le président de la République du Tchad. Monsieur Idriss Déby Itno dans son programme politique disait qu'il plaçait son mandat sous le signe du social en prenant une décision de diminuer les prix des produits agricoles sans tenir compte du cout élevé d'autres articles pénalisant ainsi les producteurs ruraux qui n'ont que des larmes pour pleurer sans toutefois que le ministère de l'action sociale et de la solidarité nationale ne se soucie de la situation de ces ruraux qui ont été exploités par les commerçants.

A qui ce mandat du social a-t-il profité ? Les mêmes produits agricoles achetés à vil prix par les commerçants sont vendus au prix triple par ceux-ci au vu et au su des autorités. Qui en a parlé ?

Cette décision a appauvri les producteurs au point où beaucoup ont préféré suivre leurs produits agricoles acheminés vers la capitale dont semble t-elle est le lieu du bonheur.

En 2012, le même président de la république plaçait ses trois premières années du mandat actuel au profit des ruraux. Cela s'est concrétisé par l'achat à l'aveuglette des tracteurs qui à peine déployés sur les sites agricoles restent immobiliser pour des raisons de leur non adaptation aux types de sols tchadiens et des tractoristes non qualifiés. Des semences de qualité sont fournies aux producteurs qui se sont donnés de la peine à produire mais hélas ; la récolte est faite par les animaux des dignitaires qui ont les droits de vivre au détriment des citoyens dont les semences et les moyens de la production sont fournis. A quoi servent ces investissements de l'Etat et des institutions telles que la FAO, les ONG, le CPGRP ? C'est parce qu'il y a assez d'argent du pétrole qu'il faut gaspiller ?

Pour ces animaux qui doivent manger de bons aliments et surtout de bonnes semences, les pertes en vies humaines sont énormes suites aux conflits opposant les agriculteurs (qui défendent leurs droits à la vie saine) aux éleveurs (qui défendent les droits de leurs animaux à une bonne alimentation).

Cette situation d'insécurité et de sabotage des droits de ces ruraux a contribué encore à un départ massif de ces jeunes garçons et filles abandonnant la route de l'école et des champs vers la capitale et autres grandes villes à la recherche du bonheur puisqu'il faut s'adapter au rythme des pétroliers.

Mais quel genre de bonheur ces jeunes venus de toutes les régions du pays sont-ils à sa recherche ?

Regardons-les dans leurs travaux.

Entassés dans une chambrette tout sexe confondu, ils bravent la souffrance et la misère. Très tôt le matin (4h du matin), ils remplissent toutes les grandes artères de la capitale en route à la recherche de ce bonheur.

D'aucuns sont employés comme domestiques chez les grands patrons avec des rémunérations aléatoires puisque soupçonnés de voleurs ou voleuses de sleeps ou des bijoux d'or, la rémunération se transforme en coups de chicottes et le mois est ainsi payé et le cycle de la recherche du bonheur continue.

D'autres sont des vendeurs de cigarettes ou autres articles (brosses à dents, mouchoirs de poche, pate dentifrice, etc.) qui bravent les accidents,  la chaleur et le froid en parcourant des dizaines de kilomètres par jour avec un revenu journalier de combien on ne saura estimer.

D'autres encore sont des cordonniers qui transportent des bagages kilométriques de hauteur et prennent d'assaut les bars, restaurants et autres lieux publics. Une autre catégorie s'est spécialisée dans le métier de bucheron.

Oui, débrouiller n'est pas voler mais cette débrouillardise loin des parents et avec des rémunérations aléatoires conduira t-il au bonheur ?

Le gouvernement tchadien a initié de grands projets de sécurité alimentaire. Cependant, les bras valides ont fuit les zones de hautes productions agricoles quand bien même l'agriculture est modernisée. La récolte et la consommation sont assurées  par les animaux qui sont exportés vers d'autres pays puisque mangeant de la bonne nourriture et vendus au prix rémunérateur dans ces pays.

De quelle sécurité alimentaire parle t-on ? Tout projet doit aboutir à un  ou plusieurs résultats et produire des effets et impacts.

Le pétrole a certes généré des revenus importants pour le pays mais la gestion de ces revenus mérite d'être revue afin que les investissements puissent être bénéfiques pour le pays.

 

Contribution de Ndomba Nodjidoumgoto Jeremie, Charge de planification suivi LTDH, N'Djaména/Chad 

A quel jeu a-t-on joué : A “qui perd gagne” ou à ‘‘qui gagne perd’’ ?

de Dupleix Kuenzob Pedeme, Secretaire Executive Dynamique Mondiale de Jeune (DMY), Yaounde/Cameroun

Les Associations de Défense des Droits de l’Homme (Adh), Organisations Non Gouvernementales (Ong) et associations n’ont peut être pas gagné la lutte de certaines de leurs revendications face aux méga entreprises engagées dans le projet pipe line Tchad Cameroun, mais elles en sont sorties grandies sur plusieurs plan relationnel, organisationnel, communicationnel et partenarial. Elles ont fait un saut qualitatif dans un univers jadis réservé aux « grands ». Pour ainsi qualifier les responsables gouvernementaux qui seuls avaient mandat et prérogative de parler du pétrole. Cette aventure vers l’inconnu leur a permis de mieux apprendre, comprendre et prendre en compte les dimensions socio économiques des projets et leurs impacts sur la vie des populations des pays hôtes.

Il me souvient qu’au Cameroun, c’est avec l’avènement du pipe line que la Banque Mondiale avait initié un programme de renforcement des capacités des organisations de la société civile sur ses politiques de sauvegarde environnementale. C’était l’occasion pour la plupart des bénéficiaires de ces formations de se frotter avec des normes environnementales sur lesquelles elles devraient pourtant s’appuyer pour mieux asseoir leurs revendications durant la phase de construction de l’oléoduc long de 1070 km en territoire camerounais.
L’on se rendra vite compte que même si la Banque Mondiale a édicté un ensemble de règles, de bonnes pratiques et des normes, leur application y compris par la Banque elle même n’est pas garantie.

Une mondialisation de la lutte citoyenne même si les intérêts ne sont pas forcément convergents.
Le projet Pipe line Tchad Cameroun a crée un pont très solide entre la société civile camerounaise et tchadienne et entre la société civile de ces deux pays et celle d’autres pays en occident. On aurait pu se demander quelle relation directe y a-t-il entre ce qui se passait au Tchad et au Cameroun avec la vie aux Etats Unis, en Allemagne ou en Grande Bretagne. C’est que le pipe a ouvert un pan de voile sur la réalité d’un monde très capitalisé dans lequel cohabitent de façon bien divisée avec des frontières étanches, une classe bourgeoise à l’appétit de glouton, prêt à tout écraser sur son passage pour parvenir au maximum de bénéfice sans considération aucun des aspirations des autres et une classe pauvre voire appauvrie de ses droits et de sa dignité et qui entend crier haut et fort pour dissuader la première classe de son inhumanité et l’appeler au partage et à la sauvegarde de la vie. Se faisant, l’alliance dans cette lutte contre l’aboutissement du projet pipe line Tchad Cameroun se menait ainsi à l’autel du développement durable en ces lendemains du sommet de Rio sur l’environnement en 1992.   

Lom: Le pont de l’espoir.
Comment pouvions-nous expliquer, au regard de la directive 4.30 de la Banque Mondiale que le projet financé en partie par la Banque Mondiale rende certaines populations plus pauvres qu’avant? Nous nous interrogions alors si la Banque ne luttait pas plutôt contre les pauvres. Elle qui sait des années à l’avance les projets des pays partenaires comme le Cameroun. La construction aujourd’hui du barrage de Lom Pangar donne raison à la lutte qui jadis avait été menée pour le maintien du pont sur le Lom afin de permettre aux populations de Lom I, Liguim, Tête d’éléphant....d’évacuer aisément et facilement leur production agricole dont les quantités avaient considérablement augmenté suite à la construction du pont précité. Ce pont permettait aussi à ces populations de goutter à la civilisation de la moto et de la voiture afin de pouvoir évacuer vers le centre de santé le plus proche à Bélabo les malades ou les femmes en gestation. Avant ledit pont, il fallait faire porter les malades dans des hamacs de fortune, par des hommes robustes malheureusement rare dans le coin. Des missions de la Banque Mondiale s’étaient rendues à Lom pour discuter avec les populations. Une mission d’apaisement de la tension qui prévalait avait d’ailleurs été organisée sous la conduite du responsable socio économique de Cotco. Malgré tout, le pont provisoire construit certes avec du matériau définitif avait finalement été détruit pour rester en cohérence avec les termes de la convention d’établissement, bref pour honorer les engagements pris d’accord parties. Les populations s’en étaient tirées avec des promesses de construction des puits, d’érection de bâtiments scolaires et des sommes d’argent évaluées à quelques millions.  

Les compensations en nature : Les belles images colorées avaient dérouté les populations
Du moulin à deux têtes en passant par les portes tout ou les machines à coudre, la qualité des équipements prévues pour les compensations en nature n’avaient pas été à la hauteur des images contenues dans le guide des compensations. Les bénéficiaires des avaient vite déchanté en voyant leur matériel tomber en panne et même en désuétude des la première utilisation. Il nous souvient la cas pathétique de cette dame qui, après de longues périodes d’attente de « sa machine » qui devrait lui permettre de devenir la première et seule couturière du village avait reçu une machine à coudre non fonctionnel à cause d’un défaut de porte aiguille. Identifiée et recensée par les multiples commissions de revendications qui promettaient de remplacer les biens de mauvaise qualité reçus au titre des compensations en nature n’avait jamais vu sa machine réparée. Des cas comme celui là étaient légion. Peu de porte tout ont résisté à de petites charges, ramenant ainsi leur propriétaire à ce qu’ils considéraient dans leur illusion comme la fin de la corvée du portage des produits champêtres sur la tête.

Le mauvais rôle de certaines élites : les populations villageoises n’ont pas bénéficié de l’éclairage de leurs fils.
Au lieu d’encourager le travail qu’effectuaient les Ong pour éveiller les populations locales riveraines du pipe line, certaines élites de ces localités trouvaient du plaisir à déconseiller aux leurs d’écouter les discours de ces « opposants » venus d’ailleurs pour « empêcher aux populations d’avoir paisiblement droit aux compensations qui leur sont dues ». Entre le fils du village et la connaissance  de leurs droits, le choix était vite porté sur le premier. A l’arrivée, les populations abandonnées à elles mêmes n’avaient que leurs yeux pour pleurer lorsqu’elles ne trouvaient plus de recours et ne savaient comment formuler des plaintes et des requêtes. Certains esprits éclairés ont été chassés de leur village pour avoir manifesté un peu de clairvoyance et d’ouverture d’esprit. Un jeune, animateur de la Sodecoton à Wackassao dans le Nord avait vu sa tête mise à prix pour avoir dénoncé des déchets toxiques versés par COTCO et dans lesquels les populations trouvaient leur alimentation.

Déchets toxiques : Y avait-il mort d’homme ou mort de bétail ?
Cette question reste jusqu’aujourd’hui sans réponse publique. Or, les entreprises du projet pipe line Tchad Cameroun connaisse bien cette réponse puisqu’elles la détiennent. Wackassao, Mbong, Djackone….avaient été le théâtre d’une épidémie de diarrhée du fait de la consommation des déchets issus des bases vie du projet. Les populations allaient à la recherche du ‘‘pain blanc’’ comme elles appelaient les baguettes de pain consommées par les employés du projet. Puisque ces déchets n’étaient pas triés ; d’ailleurs Cotco était supposée disposer des incinérateurs pour la destruction de ses ordures, le mélange de restes de tables aux huiles et substances nocives rendait toxique tout aliment contenu dans les déchets. Mais vivant dans une pauvreté abjecte, et sujettes à la vulnérabilité alimentaire, les populations et leur bétail notamment les porcs, se croyaient dans l’obligation de se nourrir à la poubelle. En conséquence, hommes et animaux furent victimes d’une situation jamais clarifiée.
Mais au delà de ces constations qui avaient été peu ou mal relayées pour qu’elles soient prises en compte et résorbées,  le projet pipe line a constitué pour les Ong un vecteur de la diplomatie non gouvernementale. Combien de séminaires et de rencontres internationales n’a-t-on pas vu organiser pour parler de ce projet ? Combien de responsables d’OSC n’ont-ils pas bénéficié de formation sur des thématiques aussi variées que diverses ? Combien de voyage d’étude et d’échange n’a-t-on pas fait profiter aux populations riveraines du projet pipe line Tchad Cameroun ? Ce sont là quelques acquis non négligeables qui ont finalement bâti la notoriété de certaines organisations peu connues.
Le projet a aussi facilité le décloisonnement des acteurs de la société civile. Même si à l’arrivée les incompréhensions et incompatibilités réelles ou supposées, subjectives ou objectives ont limité l’action concertée qui aurait pu donner lieu à de la puissance dans les plaidoyers dont les sujets étaient si nombreux et larges. Qui des OSC pouvaient seul aborder les questions de droits de l’homme, de l’environnement, de santé ?
Le Groupe de concertation et d’action (GCA) : un épouvantail ou une société si vile?  
Une trentaine d’organisations de la société civile camerounaise constituées en un groupe pour s’informer et informer les citoyens relativement au pipe line Tchad Cameroun avait procédé (osé) à la critique de la documentation o combien technique du projet, amenant COTCO et compagnies à des concessions inimaginables. La création des centres de lecture des études d’impact et plan de gestion environnemental (e), la révision des barèmes de compensation, l’acceptation des missions conjointes de suivi…furent quelques unes de ces concessions. Malheureusement, l’argent étant ‘‘le nerf de la guerre’’, le financement du suivi indépendant du projet pipe line Tchad Cameroun par Catholic Relief Services (CRS) n’eut qu’une fortune de courte durée. L’argent avait divisé le groupe alors qu’il devenait un interlocuteur valable dans les négociations tripartites aux cotés du gouvernement et des compagnies. La grosse frayeur que le GCA suscitait au lendemain du séminaire de 1998 à l’Auditorium Jean Paul II à Yaoundé s’estompa jusqu’à l’extinction du groupe. Le documentaire ‘‘Sur le Chemin du pipe line’’, première réalisation vidéo locale sur  le projet avait parcouru le monde entier et donné de la visibilité au projet de suivi indépendant.

Dix ans de pétrole au Tchad

de Djéralar Miankéol, Ngaoubourandi, Consultant

Voila mon analyse du gigantesque projet pétrole pipeline Tchad/Cameroun en rendant aux principales questions suivantes : Dix années après la commercialisation du pétrole, quels constats, effets et avenir des actions de plaidoyer faites par les Organisations de la Société Civile?

1 - Rappel :
Conçu comme un projet model de réduction de la pauvreté selon la Banque Mondiale, il a permis de mobiliser d'énormes capitaux financiers de multitudes institutions, des organisations et des grandes entreprises nationales des cinq continents. La Banque Mondiale a qualifié ce projet d'unique au monde car devrait servir de model pour d'autres.

Aussi, diverses dispositions ont-elles ont été prises : réalisation des études d'impacts environnementales et sociales, consultation des différents acteurs organisée par la Banque Mondiale, plaidoyer de la Société Civile ayant permis de créer des mécanismes de contrôle et de suivi aux niveaux national et international : loi 001, CCSRP, CTNSC, GIC, ECMG, etc.

2 - Constats :
-Réalisation du gigantesque projet  plus tôt que prévu (deux années plus tôt)
-Multiplication du nombre de puits de pétrole forés par 5, ainsi on est  passé de 300 puits annoncés au départ du projet à plus de 1500. Certains villages (une vingtaine) sont presque occupés par les puits de pétrole (plus de 50) et sont appelés a disparaître. En partant de la moyenne de 800 personnes par village, on peut estimer à environ 20 x 800, soit 16.000 habitants sûrement affectés et appelés a disparaître. Parmi eux, plus de 60% sont des jeunes sans terres agricoles qui migrent dans les villes a la recherche d'emploi. Cette situation n'est que provisoire;
-Des montants d'argent importants parachutés aux populations au titre de compensations sans préparations (plus de 7 milliards de FCFA, soit environ 12 millions d'euros). Conséquences : corruption, dépravations des mœurs, conflits généralisés au sein des familles, entre les villages, entre les cantons, destruction de la solidarité, etc.
-Paiement par anticipation des dettes du groupe de la Banque par le Tchad et par les entreprises pétrolière ;
-Renvoi de la Banque Mondiale par le Tchad;
-Modification de la loi 001;
-Disparition des mécanismes de contrôle et de surveillance (GIC, CTNSC, ECMG, etc.,);
-Utilisation du Collège de Contrôle et de Surveillance des Revenus Pétroliers (CCSRP) comme un faire valoir;
-Affaiblissement de la  Société Civile et absence sur le terrain);
-Détérioration des relations et du tissu social dans les familles, les villages et les villes;
-Dégradation de la végétation avec apparition des poches de zones  désertiques, pollution des eaux, perte de la bio diversité ;
-Corruption généralisé pauvreté accentuée dans les villages et dans les villes pour la majorité de la population : pas d'accès a l'eau potable, au centre de santé a l'action de qualité, revenu journalier inférieur à un dollar par jour ;
-Désorganisation des structures étatiques et des organisations de la Société Civile qui n'existent que de nom sans actions de monitoring et de plaidoyer sur le terrain. La plupart des Commissions Permanentes Pétrole sont manipulées par des individus qui les utilisent a des fins propres. Il en est de même pour l'ETIE et le CCSRP. On se demande ce que font les représentants de la Société Civile dans ces structures sans lien avec leur base. 

3 - Effets :
-Les partis gagnants : le groupe de la Banque Mondiale et autres banques, les entreprises pétrolières et les petits groupes au pouvoir. Ces derniers, en particulier les partis au pouvoir qui s’enrichissent et qui renforcent leurs capacités de nuisance grâce à l'argent. Elles sont parvenus a créer des réseaux de corruption a tous les niveaux et a museler certains leaders religieux et de la Société Civile ainsi que la plupart des chefs de l'opposition;
-Les populations des villages et des villes en zone pétrolière : la situation est chaotique, le désespoir a gagné toutes les couches sociales et en particulier chez les jeunes. La mentalité dominante est caractérisée par l'attentisme, le gain facile, le vol, l'agressivité, etc. ;
-La consommation abusive d'alcool touche toutes les couches de la population, et en particulier les femmes et les enfants;
-La Société Civile : beaucoup des organisations ont perdu leurs  repères et leurs valeurs. Certaines sont  devenues des prestataires de services des entreprises pétrolières aux dépens de leur mission première : accompagner les communauté dans la  défense de leurs droits fondamentaux.

Quelles leçons à tirer :
-L'exploitation du pétrole ne profite qu'aux acteurs ayant ratifié les contrats et ne fait que consolider les capacités des groupes nantis;
-Les revenus tirés de l'exploitation  pétrolière ne servent pas au développement des populations directement touchées;
-Les conséquences néfastes provenant de l'exploitation des ressources pétrolières sont énormes, multiples et s'accentuent au fil des années
-Les revenus issues de l'exploitation des ressources pétrolières sont sources de corruption et de division;
-Le slogan utilisé par la Banque Mondiale au départ du projet (projet modèle de réduction de la pauvre) a pour seul objectif de parvenir a manipuler la Société Civile et la population.

En conclusion
Il n'y a pas de perspective pour les populations avec l'exploitation du pétrole, la situation s'empire dans les anciens champs pétroliers. Le comble est qu'aucune disposition n'a été prise pour éviter la répétition des effets néfastes dans les nouveaux bassins pétroliers. Abandonnées à elles mêmes, les populations des nouveaux champs sont a la merci des nouvelles entreprises pétrolières qui imposent leurs lois (OPIC, CNPCI, GRIFFITH) et des autorités corrompues et irresponsables.



L'inquiètude par rapport à l'extraction "fracturation hydrolique"

de Geneviève Pillet

Je m’inquiète au sujet de l’extraction du pétrole dans la zone de Doba car cette extraction a toutes les caractéristiques de l’extraction par «  fracturation hydraulique » :

  • au début, ESSO avait expliqué que le pétrole de la zone était prisonnier dans de petites alvéoles de la roche et qu’il fallait envoyer de l’eau pour le faire sortir.

Nous n’avions rien compris, à l’époque mais maintenant, on parle beaucoup de cette méthode d’extraction et de tous ses dangers.

  • de 300 puits on a passé à plus de 1000 car un puits n’est exploitable qu’un an, environ
  • sur le terrain, il y a des puits forés très près les uns des autres avec les injecteurs d’eau

J’ai parlé de cela à plusieurs personnes ici au Tchad, mais cela n’a pas eu l’air de les inquiéter… Pourtant la mort des arbres près de la Nya pourrait bien être une des conséquences de cette méthode d’extraction.
Le fait qu’il y ait des forages à l’intérieur même des villages devrait nous alerter vu les énormes dangers de pollution de cette méthode.
 
Geneviève PILLET   BP 35 Moundou, Mai 2013


 

Pétrole et émergence des ONG au Tchad aprés dix ans d'exploitation pétrole

de Nassingar Rimtébaye Rim, Coordonnateur de la Commission Permanente Pétrolière de N’Djaména- CPPN, N’Djamena- Tchad

Les industries extractives en général sont l’apanage de grandes firmes qui tout en cherchant leurs intérêts, s’associent aux Gouvernements des pays hôtes pour contribuer au développement économique et social. Cela entre dans le cadre des grands projets de développement avec la gestion des ressources naturelles en Afrique.

 

Au Tchad, quand le projet pétrole allait prendre corps, la disponibilité de l’information pour le public a fait un défaut car la gestion de ce dossier a été faite exclusivement au niveau du Gouvernement pour ne pas dire au niveau de la Présidence de la République.

 

Pour permettre au public tchadien et surtout la population de la zone d’exploitation, les ONG au Tchad ont bénéficié des informations pour la plupart mises à leur disposition par les ONG du Nord et particulièrement celles de l’Allemagne avec le groupe Tchad-Allemagne.

 

Ainsi, l’implication des ONG dans le dossier pétrole a commencé dans les années 1998 avec la conférence de Donia. Cela a été une entrée très remarquable des ONG qui sont devenues une force de proposition et d’intervention importante.

 

Dans ces lignes, nous parlerons de l’intervention des ONG dans le projet pétrole en général et dans les industries extractives.

 

Il est vrai que c’est en 1998 que les ONG ont organisé la conférence de Donia, mais déjà au niveau du CILONG[1], les ONG ont mis sur pieds une commission pétrole au sein de laquelle des informations régulières sur le projet pétrole étaient fournies et étaient aussi disséminée au niveau de la base c'est-à-dire dans chaque zone d’intervention des ONG membres du CILONG. Cela permettait d’informer largement la population locale. Lors des réunions de cette commission, des débats houleux allant à la demande de sursoir à la production du pétrole est prise. « La question de ce moratoire [2]de deux(2) ans a amené le Gouvernement à dire que les ONG sont contre l’exploitation pétrolière » a affirmé le Président de la CPPN.[3]

 

Pour revenir à la conférence de Bébédjia, l’un des grands succès a été la modification des taux de compensations proposées par la société. Au cours de cette conférence, les ONG à travers une étude ont prouvé aux acteurs[4] du projet que la valeur de compensation ne répondait pas aux réalités. L’exemple parlant est celui de la valeur du prix de compensation du pied de manguier payé à 3.500F CFA (soit 5,33 EURO) a été revu à la valeur de 550.000 FCFA (838,47 EURO). Cela grâce à l’étude[5] réalisée par les ONG, ce qui prouve la force des ONG à faire des propositions concrètes avec des bases scientifiques.

 

L’effort de la société civile dans le cadre de son intervention dans le projet pétrole s’est concrétisé à la conférence de Bébédjia en 1999 où beaucoup de participants issus de la Banque Mondiale, du Gouvernement, des ONG et d’ESSO ont pris part activement. Lors de cette conférence, les ONG ont mené un grand plaidoyer qui a amené la Banque Mondiale à demander au Gouvernement de donner la reconnaissance juridique d’une association des populations locales, EPOZOP.[6] « C’est à la conférence de Bébédjia qu’un représentant des populations est entré dans la salle avec un scotch collé à sa bouche. Et le Représentant de la Banque Mondiale a demandé le pourquoi de cet acte. Les ONG ont répondu que le Gouvernement ne veut pas laisser les populations libres pour parler de l’exploitation dans leur zone en leur refusant la reconnaissance juridique de leur association. C’est pourquoi le représentant a la bouche fermée » a dit le Président de l’EPOZOP. 

 

Aussi lors de cette conférence, les ONG ont exigé plus de transparence dans la gestion des revenus pétroliers tout en demandant au Gouvernement de revoir en hausse le nombre de leurs représentants au sein du comité de gestion des revenus pétroliers dénommé CCSRP.[7]

 

Ce qui est important à noter au sortir de la conférence de Bébédjia est la maturité des ONG qui se sont organisées en structures. C’est ainsi que les réseaux des ONG pour le monitoring et l’advocacy ont été mis en place. On peut citer :

 

  •   La Commission Permanente Pétrole Locale à Moundou- CPPL

 

  •   La Commission Permanente Pétrole de N’Djaména- CPPN

 

  •   Le Réseau de Suivi des Activités liées au Pétrole dans le Moyen Chari-RESAP/MC

 

  •   Le Groupe de Recherche Alternative et de Monitoring du Projet Pétrole Tchad / Cameroun – GRAMP/TC

 

Ces différents réseaux ont eu à mettre sur place des structures faitières au niveau de la base. On peut citer entre autres :

 

  •   L’Entente des Populations de la Zone Pétrolière- EPZOP

 

  •   Comité  Paysan de Gestion de Terroir – CPGT

 

  •   Cellules Cantonales de Surveillance – CCS

 

  •   Comité Cantonal de Défense des Intérêts Communautaires- CDIC

 

Il convient de dire que ces différents réseaux pétrole, spécificité du Tchad en Afrique Centrale se sont mis en place et ont fonctionné en réponse à l’exploitation pétrolière.

 

Au delà de la question de suivi des impacts sociaux environnementaux, les réseaux pétrole se sont penchés sur la question de la transparence dans la gestion des revenus pétroliers. Ce qui les a amenés en septembre 2004 à mettre sur pied une coalition PCQVP-PCQVG[8]. Cette coalition a réussi à faire adhérer le Tchad à l’ITIE en août 2007.

 

En effet, au Tchad de nos jours chercher à entrer en contact avec les ONG qui travaillent dans les industries extractives revient à contacter les CPP’s [9]et le GRAMP/TC. Je me rappelle encore qu’en septembre 2005, lorsque la Banque Mondiale a mis sur pieds un comité préparatif de l’atelier d’évaluation de l’intervention de la Banque dans le projet, une ONG de la place a écrit au Coordinateur du projet pétrole pour réclamer sa participation en affirmant que c’est leur organisation qui a marché pour le pétrole en 1998. Au Coordinateur et le Représentant de la Banque qu’ils ne connaissent et voient que les réseaux pétrole sur le terrain. Preuve de reconnaissance de travail des ONG membres des réseaux pétrole.

 

Mais peut-on affirmer que l’impact des activités de ces ONG est elle sensible sur le terrain ? Quelles sont les failles de ces ONG en matière de suivi ? Ont –elles pu capitaliser leurs expériences pour d’autres pays africains ?

 

Telles sont les questions si elles sont examinées avec attention aideront à dupliquer les expériences des ONG tchadiennes en matière de suivi et de plaidoyer dans les industries extractives.

 

 


[1] Cellule d’Information et de Liaison des Organisations Non Gouvernementale

[2] Moratoire de deux  ans pour permettre au Gouvernement à mieux se préparer pour entrer dans l’ère pétrolière

[3] Commission Permanente Pétrole de N’Djaména

[4] Acteurs : ESSO, Banque Mondiale et Gouvernement du Tchad

[5] Etude réalisée par DJERALARD

[6] Entente des Populations de la Zone Pétrolière

[7] Collège de Contrôle des Ressources et de Surveillance Pétrolières

[8] Publiez Ce Que Vous Payez- Publiez Ce Que Vous Gagnez

[9] Commissions Permanentes Pétrole

 

 

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